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Mars et Vénus, mythe ou réalité?

Les hommes et les femmes sont-ils vraiment différents ? Ces différences sont-elles innées, c’est-à-dire génétiquement programmées ou acquises par l’éducation et la culture ? Pouvons-nous modifier ces programmations ou en sommes-nous prisonniers ?

Il est important de comprendre, à la lecture de cet article, qu’il ne s’agit en rien d’un jugement de valeur et que tout ce qui y est évoqué n’est que le reflet, fort peu nuancé parfois, de statistiques bien fondées.

Le premier socle sur lequel nos comportements se sont forgés au fil du temps est la mémoire des millions d’années au cours desquelles, progressivement, l’espèce humaine s’est différenciée de l’espèce animale, ces millénaires de Préhistoire qui lentement nous ont faits Hommes. (Pour la facilité de la lecture, je mettrai une majuscule à Homme lorsqu’il s’agit de l’être humain, tous âges et sexes confondus, alors qu’une minuscule désignera l’homme-mâle). Nous fûmes Hommes des cavernes avant que d’être Homme moderne et la mémoire de nos ancêtres Cro-Magnon est toujours inscrite dans nos câblages cérébraux. Les progrès de l’imagerie médicale nous en donnent aujourd’hui de nombreuses preuves.

Pour que l’espèce humaine, alors répartie en petits îlots dispersés, survive durant ces périodes de grands dangers, la sélection naturelle a fortement joué son rôle. Seuls les plus malins, les plus forts et les plus adaptés s’en sont sortis et nous en sommes de lointains descendants. Bon nombre de nos comportements en portent encore la trace. Cette mémoire qui nous unit à tous les mammifères et en particulier aux grands primates, constitue notre empreinte la plus instinctive, alors que ce qui nous fait Hommes, outre une conscience extrêmement développée, c’est la CIVILISATION qui, dans notre longue histoire, s’est attelée à nous HUMANISER, c’est-à-dire à canaliser ces instincts de manière à construire une société stable, protégée, légiférée et qui puisse fonctionner à long terme.

Au fil des générations, dans ces temps de lutte pour la survie, les hommes qui ont dominés et établi leur descendance étaient ceux qui étaient efficaces, rapides et prompts à réagir, afin de défendre leur tribu. Pour cela, il ne fallait pas qu’ils s’encombrent de détails dans leur analyse de la situation, ce qui fait dire aux femmes d’aujourd’hui qu’ils sont un peu simplistes et si peu nuancés ! Les programmations ancestrales sont toujours là, tant elles ont été nécessaires à notre survie depuis la nuit des temps. Les hommes ont la réputation de ne faire qu’une chose à la fois pour pouvoir s’y concentrer entièrement et tout ce qui les vulnérabilise leur est inconfortable, puisqu’ils doivent rester vigilants aux dangers. Pour ces raisons, ils ne reconnaissent pas facilement leurs émotions et les expriment encore moins et lorsqu’ils ont des problèmes ou sont en peine, ils préfèrent de loin qu’on les laisse tranquilles, le temps qu’ils trouvent une solution et se sentent mieux. Alors que dans la même situation, les femmes, qui elles sont programmées pour analyser tous ce qui perturbe l’harmonie familiale et relationnelle, ces femmes qui restaient près de la grotte avec un bébé au sein, 2 ou 3 autres à surveiller et peut-être quelques vieux ou blessés à soigner tout en tournant dans la marmite et empêchant le feu de s’éteindre, ces femmes qui depuis ces temps anciens ont appris à faire plusieurs choses à la fois, mères de toutes les femmes, elles aiment parler en travaillant, partager leurs petits soucis et écouter ceux des autres, donner des nouvelles de la tribu. Et si elles sont perturbées, en peine ou contrariées, ce qu’elles manifestent par le silence, en boudant, en pleurant ou en se refermant sur elles-mêmes, elles ne souhaitent qu’une chose, c’est qu’on vienne les chercher. Les hommes parlent pour trouver des solutions et n’aiment pas ne pas en avoir, tandis que les femmes parlent pour créer des liens, pour faire part de leur état d’âme et comprendre celui des autres.

Les femmes sont en effet programmées pour comprendre le langage non-verbal, gage essentiel de survie des bébés et petits enfants. Sans ce talent typiquement féminin, nous n’aurions pas survécu à nos premières années. C’est un aspect caractéristique de l’intuition féminine. Les hommes possèdent aussi une intuition assez vive, mais essentiellement tournée vers la détection du danger.

Dans ce domaine, les hommes sont à l’évidence plus violents, ils en viennent aux mains beaucoup plus vite, l’instinct est encore bien vif lorsqu’il n’est pas civilisé. Les femmes préfèrent le dialogue, le compromis, la négociation. Sur le plan sociétal, ces valeurs commencent doucement à gagner du terrain, dans la foulée de l’émancipation des femmes et de la dévalorisation des comportements trop vivement masculins pour notre époque, tels que l’autoritarisme, le patriotisme, le militarisme, le patriarcat, le respect de la hiérarchie…

En matière de sexualité, Cro-Magnon guide toujours nos instincts, même si nous nous sommes fort heureusement civilisés depuis lors. Pour assurer sa reproduction, l’homme, qui ne porte pas sa descendance et dépend des femmes pour cela, est programmé pour multiplier les actes sexuels, mais ne peut se permettre d’y consacrer trop de temps, parce que ce moment le met en position de vulnérabilité. Aboutir rapidement à l’éjaculation est indispensable pour sa reproduction et ce ne sont pas les progrès de la contraception, si récents dans l’évolution de l’Homme, qui changent profondément la donne. Les siècles récents nous ont invités à canaliser ces instincts, mais on retrouve tout autant chez les femmes la trace de ces comportements si logiques. Celles-ci en effet, savent qu’elles porteront cet enfant dans leur ventre puis dans leurs bras durant quelques longs mois, au cours desquels elles seront plus fragiles et auront d’autant plus besoin de la protection des hommes. Elles ne s’offrent donc pas si facilement aux désirs de ceux-ci et choisissent de préférence des hommes plus mûrs, qui inspirent confiance et qui les protègeront. C’est en partie pour cela que l’on dit que les femmes ont besoin de l’amour pour arriver à la sexualité, alors que les hommes ont besoin de la sexualité pour arriver à l’amour. La réconciliation sur l’oreiller est une vision plus masculine que féminine. Les disputes et les tensions de la journée perturbent bien plus les femmes que les hommes. Nous ne vivons plus dans des grottes, heureusement, mais les femmes continuent de manière statistiquement évidente à préférer des hommes plus âgés qu’elles, qui présentent une situation professionnelle stable, alors que les hommes vont naturellement jeter leur dévolu sur des femmes jeunes, présentant un maximum de caractéristiques reflétant la séduction, la fécondité et la solidité, pour leur assurer une belle progéniture.

Que de clichés, me direz-vous ? Peut-être, mais encore tellement présents dans nos modes de vie.

Sur cette mémoire ancestrale, souvenir de Cro-Magnon, se dessine un second socle qui définit nos comportements, qui doucement évolue dans notre culture contemporaine, mais reste encore très vivant aux quatre coins du monde et qui est lié au fait que les bébés et les jeunes enfants sont essentiellement éduqués par des femmes. Les hommes n’entrent en piste que très progressivement, quand la plupart des jeux sont faits en matière de sexuation des comportements et presque toujours après la période œdipienne, c-à-d entre 3 et 5 ans.

C’est à cet âge-là que le petit enfant commence à comprendre qu’il grandit et deviendra un jour un homme grand et fort comme Papa ou une femme grande et belle comme Maman et que ce statut de Grande Personne lui donnera toute une série de privilèges, qu’il commence assez vite à tester en démonstration de force et câlins pour contrer Papa et séduire Maman, et en costumes de Princesse et vœux de mariage pour séduire Papa et rivaliser avec Maman. Cette période excitante, pleine de découvertes et de tourments est très différente selon qu’on est un petit garçon ou une petite fille. Je parlerai seulement ici de l’empreinte de la famille traditionnelle, à l’égard de laquelle nous sommes tous libres de prendre de la distance par d’autres choix parentaux, mais dont la plupart d’entre nous est issue.

Le premier objet d’amour des garçons et des filles est leur mère, la mère nourricière, la mère qui chouchoute et protège. C’est elle qui se lève la nuit quand ils sont malades, c’est elle qui les accompagne dans leurs premiers pas vers l’école, c’est elle qui les console, les écoute, les rassure, bref nous connaissons tous ces milliers de petits comportements maternels qui laissent leur empreinte de façon indélébile chez tous les anciens bébés que nous sommes.

Pour trouver leur identité dans cet univers tellement féminin (ou s’ajoutent encore tantes et grand’mères, puéricultrices et institutrices maternelles), le petit garçon comprend vite qu’être un homme, c’est le contraire d’être une femme. Les modèles masculins sont aussi lointains que rares et idéalisés. Cette recherche de son identité « en contraire » se traduit à l’âge adulte chez les hommes par un manque d’envie évident d’adopter des comportements féminins (surtout ne pas être pris pour un homosexuel !), un inintérêt pour les professions typiquement féminines qui restent toujours dévalorisées à leurs yeux, un mépris d’une mode vestimentaire qui essaierait d’adopter des standards habituellement réservés aux femmes et un vocabulaire assez développé pour se moquer d’elles, alors que l’inverse n’est pas vrai. En effet, les petites filles au même âge ont tous les modèles d’identification possible autour d’elles et ont donc une panoplie d’expressions de leur féminité et une assurance suffisante pour explorer tous les domaines masculins, tant vestimentaires que professionnels, sans déchoir, sans perdre leur féminité. Cet état de fait est sous-tendu par une évidence partagée par les deux sexes et qui fait encore tant de tort aux femmes : c’est « mieux » d’être un garçon un peu partout dans le monde, c’est encore toujours un statut plus envié que celui de fille…

En ce qui concerne le rapport entre les sexes qui se met en place durant cette période œdipienne, bon nombre de nos comportements en dépendent. Ces petites filles, trop peu nourries du regard admiratif de leur père, se sentant bien peu intéressantes à ses yeux, tâchent tout au long de leur vie de séduire ces hommes trop absents (coiffures, maquillages, robes, liftings etc…) et aspirent bien plus à « se caser », « passer la bague au doigt », « mettre le grappin dessus » diront même certains hommes, que leur partenaire, qui est souvent bien moins pressé. En effet, durant les premières années de leur vie, ils ont été entourés de femmes, ils savent combien leur bienveillance peut se révéler envahissante, directrice et source de contrôle. Ils ne craignent pas tellement de manquer d’amour de la part des femmes, alors que celles-ci sont bien moins assurées en ce domaine.

« Tu m’aimes, chéri ? » demandera la femme, « Mais oui, tu le sais bien, répondra l’homme, et d’ailleurs, si je ne t’aimais plus, je ne serais plus là ! » En matière d’amour, les femmes ont besoin d’être rassurées et les hommes ont besoin de se sentir libres.

Au cours de la période œdipienne, les petites filles ont changé d’objet d’amour, de la mère nourricière, elles sont passées à « mon Père ce Héros », en se mettant en concurrence avec cette mère, qui leur reste pourtant nécessaire. Ce danger, les petites filles le sentent instinctivement et développent un système relationnel complexe qui les rend plus mûres que les garçons au même âge et qui s’illustre magistralement par les innombrables papotes à la cour de récréation : « Tu aimes cette fille, toi ? Moi je ne l’aime plus, je ne suis plus son amie. Tu es son amie ? Aujourd’hui je suis de nouveau ton amie, moi. Elle, je ne l’aime pas beaucoup, mais je fais semblant. Tu sais ce qu’elle dit de toi ? etc etc etc… ». Pendant ce temps, les garçons jouent ou se battent. C’est beaucoup plus simple ! Ils n’ont pas à traverser les affres de la trahison à leur premier objet d’amour, au contraire, ils renforcent ce lien par la séduction, et la rivalité est tournée vers le père, avec qui ils adorent se mesurer. A Maman-sécurité, mère nourricière et havre de paix, ils rajoutent Maman-femme, si belle et séduisante, quand je serai grand, je te marierai ! Ils développent deux pôles dans leur imaginaire : la femme-mère et la femme « à draguer » ! Raison pour laquelle bien plus d’hommes trompent leur femme et ne souhaitent pas pour autant la quitter. Le fait d’avoir une aventure « sur le côté » ne perturbe pas toujours leur amour véridique pour leur épouse, cette double vie dérange infiniment plus les femmes que les hommes. Les femmes veulent l’homme « tout entier », ce qui fait paniquer les hommes. Et c’est pour ça, entre autre, que bien plus de femmes demandent le divorce.

Encore une fois, tout ceci devrait être infiniment nuancé, mais dans les grandes lignes, c’est statistiquement très vrai.

Et pour finir, et c’est là la question la plus intéressante finalement, que faisons-nous de ces programmations, de ces déterminants ? Chacun est libre de s’y conformer ou non, chacun est libre d’explorer ce qui fait la richesse de l’autre, chacun peut apprendre à mieux comprendre son partenaire et s’adapter à ces différences. C’est par la prise de conscience qu’on devient libre de choisir. C’est par le développement de toutes ces facettes de nous-mêmes restées parfois assez embryonnaires que nous épanouissons nos potentiels, que nous nuançons nos comportements, que nous nous ouvrons à l’intimité avec nos partenaires de vie.

C’est là que nous écrivons Notre Histoire.

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